Maintenant je vais écrire. Maintenant, là.
Je n'ai encore jamais vu la lumiére dans un corps qui n'aveuglerait pas l'image de mes obsessions. J'ai le pied qui traîne derriére mon corps, comme une queue de renard brûlée. J'éclaire le visage de la démangeaison. Je ne sais pas pleurer. Parfois, je me sens comme l'eau, incapturable à moi-même. Je prépare une vie aux amours. Tout peut s'arranger. Mes os traînenent dans les journaux intimes. Je suis dans le régime de l'amour. J'épuise la plume. Je suis l'aventure qui gonfle dans le sang sans déborder.
J'ai les seins comme des pierres molles, je le dis à S. Je lui écris.
"Je suis le petit manque quand tu traverses ton corps. Quand la main parcours la bosse sans fin. Je suis le geste de colére qui dévaste. J'ai rêvé de toi. Rêvé oui. Les draps sont mouillés, ils n'ont pas partagés, tu as serré la ceinture. Il faisait noir. J'ai rêvé. Noir comme la chair en pâture. Comme la chair animal, tendu, et dévastée, pauvre. La chair noir. La viande, en dessous. Le rouge qui jaillit ensuite. Qui se propulse. Une voix d'entraille sous le couteau. Je ne sais pas me défaire de ma violence. Et je le cache. Ca m'arrive dans le bus, dans le métro, dans la rue. Je n'arrive pas à poser le regard. Ca me souléve le coeur. Je n'y arrive pas."
Je n'ose pas continuer. J'hésite. Là, ça touche. Je pourrais le dire à E, C, P ou encore S. Je pourrais le dire à Henode, ou J. Dire que là, c'est l'obsession. Je suis dans le point de mire. J'ai la fléche qui éjacule. Là, maintenant, à ce point précis, le corps danse sur la terre inconnue de l'écriture. Celle qui obséde. Tourne. Tourne. Le sujet du monde. Je me répéte. Le sujet du monde. Là, à ce moment précis. Je pourrais le dire. S, je te le dis. C'est comme la nuit derniére, quand tu as craqué tes mots, dans le noir. C'est comme cette sensation, qui supprime la lumiére, le corps se craque, sans bruits, le corps céde. Le visage en plastique, je deviens nouvelle. Et toute ma vie, j'essairai de poser les mots, sur cet amour répugnant de l'écriture, qui prend les yeux pour les arracher et ne laisser que des trous baignant de ciels ouvert. Toute ma vie. C, je te le dis. Tu ne comprends pas. C'est comme Romain qui te mord l'ombre blanche de ta lévre inférieur. Jusqu'a la faire saigner. C'est ce mouvement que tu as eu pour le faire reculer. C'est ce silence de la honte. C'est ce sang qui coule, sucré et amoureux. C'est ta gifle à toute volée ensuite. C'est Romain, qui te retient violemment par le bras, c'est la vulgarité de sa grimaçe. Ca ressemble à ça. Là maintenant. C'est cette brûlure sur la chaire fines des lévres qui gonflent sous les dents qui mordent, et serrent, serrent. Toute ma vie, à décrire ce moment là. Je te le dis P, c'est comme ces garçons qui mettent la main sur toi, c'est comme cette violence, et cette douche que tu prends ensuite pour te laver, c'est cette lutte contre le désir, et cet évanouissement du noeud qui bave. C'est l'émotion éteinte. Toute ma vie, vraiment. Toute ma vie. Ce vertige. Adorable vertige primaire. Je te le dis N, l'image des boyaux dans le corps qui font craqueler la peau, comme un volcan, comme la terre trop séche. Cette image du corps de l'intérieur qui engraisse le corps de l'éxtérieur. C'est cette dualité élégante. De la chair sous la chair qui étouffe. Un corps sous le corps qui pousse, arrache, inonde. Une dent qui dévore le visage entier. Toute ma vie, oui, toute ma vie. Toute ma vie, encore. Toute ma vie. Encore. Encore. Toute ma vie. Vraiment. Je te le dis E, c'est comme quand tu dis "le chant de lune aprés la pluie, les cheveux courts, la chemise blanche d'homme et la poitrine timide et tiéde de femme en dessous, la trace des mains sur le mur, les visages des autres, ma cigarette, tu es magique Charlotte". Je te le dis E, ça ressemble à ça. Ton abscence. Et Romain, ça ressemble à ça "L'intime". L'intime Romain. Tous. Toutes. L'intime. Lire l'intime. Pleine. Pleine d'intime. Je met une échelle sous mon coeur. Trempée. L'intime trempée. Toute ma vie, à décrire cette position du corps qui refuse. Je te le dis J, ton pére qui meurt. C'est ça. Ca ressemble à ça. Et l'hystérie qui vient ensuite. Ton pére est mort. Tu danses. Ton pére est mort mais tu danses. Je m'en souviens J. C'est ça. L'écriture. La même réaction du corps qui sait, et qui ne veut pas admettre. Du corps qui perd la raison. Là, je suis sans raison. J'arrive à un stade où je suis sans raison. Ton corps dansait, ton pére venait de mourrir. Tu es comme un arc tendu qui va tirer. Mais tu ne pleures pas encore. Tu danse et tire les cheveux. Je suis dans la même folie que toi, là maintenant. Je m'en rend compte. Je ne pleure pas encore. Ca ne parle pas de tristesse. Ca parle du mystére. Comme l'écriture. Quelque chose qui dépasse. Comme la mort. Comme la morsure. Le viol Pauline. L'intime Romain. L'abscence E. L'amour C. Une cave qui se ferme. Une cave aux trésors incompréhensibles, et gigantesques. L'enfermement Nicolas. En soi-même. Là, je suis dans l'écriture. A ce moment précis. Tous et toutes. Toute ma vie. Ca n'est pas triste non. C'est un éclat de rôchers brûlants. Chloée, c'est ton amour pour les filles. C'est la sueur de Papa quand il n'ose pas pleurer. C'est P-A qui gonfle son torse pour se retenir de frapper. Et une solitude bavarde. C'est cette nuit là, dans les bras de C, à caresser ses cheveux. Sans tristesse. Pleine. Pleine d'intime. Là. Je continue.
"J'arrive pas à regarder. Une peau noir. Désir violent. Comme celui d'écrire. Je dois cracher. Oui, je sais. Ouvre la bouche. Défait ton sexe comme un noeud. Que j'y plonge des mots crémeux. Oui. J'ai rêvé de toi, dans le noir. Comme si c'était flou, comme si je ne savais pas. Nos corps se ressemblaient. Et je n'osais approcher. Comme une peau noir. Tu avais fermé la porte à clé. Et tout les mots, de l'intérieur, éjaculé sur ton ventre. Riviére poisseuse. La chair tendre et rose sous la peau noir et dur comme du cuir. Il y'a de la douleur dans la peau noir. La douleur de ne pas savoir atteindre. Que le couteau meurt dans l'épiderme du sexe. J'essayais. Je me souviens. Tu as giflé. C'était brut. Les danseurs ouvrent le crime. Tu as ris, il le faut, il faut que tu ris. Je voudrais que tu étouffes dans ma poitrine, en riant, je serrais trés fort. Je voudrais nouer ton rire comme une couronne. Avaler tes ongles."
Là, je suis dans la supposition de la délivrance. Là, les mots n'ont plus de sens. Toute ma vie, à décrire. Toute marée haute vie conquête comme un astre qui éclate dans l'exception du mot qui piétine le dernier pied visage vie de bois visage de bois bois de vie dentelle de l'agile aigle amour de la forme du mot qui voyage monte toute marée toute vie toute la vie vie la marée je piége disperse sais plus écrire. Ecrire.Là. Ecrire. Ce n'est pas assez. Et là, maintenant, toutes tous toute ma vie, je m'effondre.
J'éclabousse.
Je baisse le sexe, les yeux.
J'éjacule l'incompatible.
"Je ressemble à un masque qui se léve avec grâce, quand on le gifle. Je ressemble à une écriture docile et malade. J'ai les seins comme des pierres molles. Je confond. Rencontre-moi. J'ai rêvé de toi. Enfante. Créve dans ma bouche. "
Commentaires