Mercredi. Je prend le train pour Annecy, avec H. J'écoute Carla Bruni. Je change. J'écoute Nada Surf. Je bois souvent. De l'eau, parce que j'ai la gorge séche. Je m'endors. Je souris à la dame derriére qui donne des coups de pieds dans le siége. Je pense à Marie, j'ai envie de la revoir. Au changement de quai à Lyon, je suis impatiente. Je pense à A, je souris, je ne sais pas s'il va m'appeller, s'il veut reellement me revoir. Je cherche des toilettes, je demande à H de se dépécher. J'ai peur d'être en retard. Je me lave les mains, me regarde dans la glaçe des toilettes. Je me trouve pas mal. J'en profite, c'est rare. Les valises sont encombrantes, mais je les porte en riant. Je suis presque libre. Annecy, je prend H dans mes bras, je le porte, je lui dis "j'ai peur", il ne demande pas pourquoi. Il pense à Charles et à une chambre propre. Je descend du train, je vois Marie qui vient vers moi, un peu rouge, pressée, trés souriante. On s'embrasse. On se dit qu'on s'aime. Déja. Là, on s'aime. On se retient pas. J'aperçois Charles, il me regarde à peine, je sais que je l'intimide. A Noël, il disait " je sais pas pourquoi". Je rentre dans la nouvelle voiture de grand-pére, je la trouve moche, je le duis "elle est jolie ta nouvelle voiture grand-pére". Je m'installe derriére. Je ris avec H et C. Marie me raconte la journée pluvieuse d'hier. Je vois le lac. Mon coeur s'emballe. Je vis. Je suis dans le plus beau paysage du monde. Je monte là haut avec Marie, elle me montre la grand lit, les lumiéres, les petites armoires. Je la parfume, je lui prend la main, on sort, je reconnais les rues. J'ai du parfum dans le coeur. Mes jambes ont envie de courrir. Je croise Florence, qui me demande comment s'est passé le voyage, je parle peu parce que je veux rire. On s'installe en face du lac, on écoute de la musique, on critique les nageurs, Marie pouffe de rire, je lui tire les cheveux. On arrive plusà s'arrêter de rire. Ma culotte est trop petite, j'ai mal aux hanches. On va voir le concert. Sur la plage. La chanteuse est grosse, je suis bien, on danse un peu. Le téléphone sonne, c'est A, il me demande où je suis, il me dit qu'il arrive avec Ben. J'ai le coeur qui bat vite. La langue qui grossit. Je colore les lévres de Marie. On les attend, je parle avec F, je la trouve grande et jolie. Je sais qu'elle me trouve délicate, et calme. Elle dit parfois à M "c'est déja un bon bout de femme" en parlant de moi. Je vois A qui arrive, je trouve qu'il a les cheveux un peu long, ils sont trois, on s'embrasse. On se rencontre, se présente. H, son cousin. Et Ben, son ami, avec des yeux comme de grands rochers. Je leurs souris, je dis "bonjour" trois fois, je me trouve idiote. Je hausse les épaules, je regarde A, je suis un peu mal à l'aise. Son souvenir me gifle. Il pose des questions, je répond, il veut éviter le silence. Je ne sens plus mon coeur. C'est un délice. Je me demande ce qu'on va faire. Puis il pose la question "qu'est ce que va faire ?". Je présente H à A, il est content de rencontrer mon frére. On part tout les 5 dans la voiture de A. J'aime sa voiture blanche. Directement de Nancy. Je suis derriére, je me demande ce que je fais là, et j'attrape un fou rire. Je respire fort. Je regarde la nuque de A, ses yeux dans la rétroviseur, ça l'empêche de conduire. Le mouvement de sa tête quand il replaçe ses méches de devant. Plage privée de Veyrier. Ils sortent les guitares. Je dis que j'ai froid, A me prête son pull. C'est l'odeur de A, celle que je connais si bien. Je le regarde jouer. Rire, je ris, je ne veux pas jouer, je dis "non merci", je suis polie. Je parle avec Marie. M essai le djembe, la guitare, elle s'entend bien avec H, je suis contente pour eux. Je regarde les pieds de A, le bord de son caleçon, son tee shirt sale, et ses cheveux gras, sa mâchoire comme un piége. Je souris, il est intimidé, mais il ne veut pas le montrer. Je m'allonge dans l'herbe. Je regarde le ciel, je lui fais un enfant. Je plante ma graine. Je viverais toujours là. Je trempe le biscuit. Je n'écarte rien, ça glisse tout seul. Je souris à la lune. J'ai le corps engourdis par la fatigue. La nuit avançe sur mon amour. J'aime l'odeur, la musique, le pull que je porte, je frotte mes lévres sur le rebord. Le corps de Marie s'affale à côté du mien en soupirant de bonheur. A a le regard fuyant, un peu amoureux. Il ne veut pas rentrer. Je lui demande s'il veut me revoir, il dit "oui, evidemment". Il est beau, je me démaquille, je m'endors dans les bras de Marie. Anaïs dit, par téléphone "fais attention à toi, tu sais comme il t'a fait souffrir". Je fais quitter le sol, des corps que je prend dans mes bras, le bonheur me transpire. Je ne répond plus au téléphone, je deviens égoïste. J'évite le chien des Dufour, mais j'aime son poil, je le caresse puis je le fuis. Je trempe mes pieds dans la riviére, elle est trop froide. J'attends les appels de A. Il y'a des bruits partout, j'ai l'impression d'être suivie. La petite Clémence, avec ses cheveux fin, et blond comme l'enfance, son sourire d'animal apeuré et sa peau de saison à inventer, m'apprend à faire des ricochets. A la fin je m'ennuie, je l'embrasse, pour lui montrer que j'en ai marre. J'essai de retenir les noms des plantes, de ne pas penser à A. Jules ne dit jamais rien, alors je l'aime bien. Parce que je peux imaginer nos conversations. A appelle. Je décroche. On se revoit, au soir, avec Clément, gentil et calme. Je m'excuse. Je dis "je n'aime pas attendre". Je caresse mon ventre. J'essai de lire, mais je n'y arrive pas. Il y'a des périodes, comme ça. L'herbe me colle sur la peau. J'ai passé 4 jours là bas, avec lui, elle et eux. A me dévisage. Je m'endors prêt de lui. Je voudrais me baigner nue. Je respire comme la pudeur, il dit "je ne veux pas que tu partes demain", et je pleure.
J'aime les gares. Les pas pressé d'où grouille la vie dans toutes sa vitesse. Il prend la caméra, il filme, je me recule. Il me sourit et dit "non, c'est vous que je filmais". J'aime cet homme, dans la gare de Lyon, qui essai de fixer le mouvement, rapide et invisible. Je me demande ce qu'on trouve au fond, toujours au fond, d'une poche, ou d'un corps, le détail qui dit, qui donne, qui prend. Plus que le tissu ou la peau. Le détail qu'on oublie ou qu'on cache.
Là, maintenant, je suis lucide. Là, tout de suite. Alors vite, je dis : Ravale. C'est la premiére chose qui me vient. Ravale. Mes mots ne savent pas atterrir.
Ce qui était émouvant, c'était de voir l'ombre de ma grand-mére derriére les grandes vitres du Manoir. Un ombre qui surveillait, les bras croisés. Qui nous regardait, monter dans la voiture des garçons. Je me retournais. Ce qui était émouvant, c'était cet ombre. Comme un petit quelque chose de mon enfance que je laissais derriére moi, pour rouler vers une autre sorte d'amour.
Et là, elle dit : "Charlotte, la même race que moi, un visage d'ange, un petit monstre à l'intérieur, un monstre gentil, incompatible, surprenant". Et moi, je pleure. Je frappe les vagues avec les pieds, elle ne réagit pas, silencieuse, dur, elle ne réagit pas aux corps, moi je peux frapper toujours plus fort, elle ne réagit pas aux coups, je l'envie.
Ma tante sort des toilettes, me regarde comme on frappe "ne cesse jamais de vivre, crie ton prénom". Crie ton prénom, qu'il claque contre le vent, contre le palais, qu'il fond sur les regrets, sur la langue. Charlotte. Crie-le. Qu'il s'éclate contre les bouches qui vous écoute, qui vous lis. Contre vous. Charlotte. Crie. Crie ton prénom. Crie-le aux assassins, aux oiseaux. A ceux qui posent des questions. Ton unique réponse. Charlotte. Comme la liberté, criez votre prénom. Et surtout, ne cesse jamais de vivre.
Voilà, je t'écris la lettre, Marie :
Je t'écris souvent et même toujours. Je te vois, c'est un peu la même chose, sauf que nous écrivons ensemble. Je suis comme le rocher qui coule, toi tu comprends, et tu te tais. Chercher les mots pour épater, pour les entendre te dire que tu es talentueuse. Toi, tu sais, on rit. A l'intérieur, les vagues ont effaçé, je suis en pleine fugue contre moi même. Et c'est pour ça, que je suis là, avec toi. Les choses qui n'ont rien à faire là. Parfumée aux détails. Allongée sur le plafond des toilettes de la place Kennedy. Je suis comme l'enfant qu'on frappe avec un sceau de plage, j'essai de l'oublier. On frappe le crâne et le sexe. On voudrait faire des châteaux, alors on frappe, frappe, de sable et d'amour. " Charlotte c'est injuste ". Oui, c'est injuste Marie. Une chienne agressive à plaindre, qui aboie à la porte. Comme ce dernier matin, où j'hésitais entre un éclat de rire ou de sanglot, mais un éclat tout de même, comme du verre, du sable dur, ou des feuilles de couteaux, des couvertures de rasoirs. Je tente de m'étouffer avec un noyau d'abricot, il faut que je l'oublie, il faut que j'oublie l'amour. Une peau de lait battu. Quand tu as ouvert les bras, caressé mon épaule et pris mon visage entre mes mains, tu n'as pas sentie, toi, les buveurs d'absinthe de 20 ans qui loge dans le creux de la poitrine. Tais-toi, là tout de suite, je t'aime. Tu le sais. Merci. Un ami m'a dit un jour " tu " et depuis je. Comme toi. Comme eux. S'il me lit, tant pis, il me prendra pour une folle. Des boissons de ta tendresse particuliére quand tu dormais là, sous, sur, en moi. S'il me lit, tant pis, je pense " tant pis ". Je me sens plus propre quand je n'écris pas. Il y'a des gens qui ne devraient jamais me lire, comme lui, jamais. Un geste illégal. Tu m'as dis "tu me manques" plusieurs fois au téléphone, tout à l'heure, c'était délicieux, ça claque contre le silence. Puis, tu as dis " c'est étrange la vie, on s'attache aux gens, et puis, plus rien.Enfin, tu vois, rien. On s'attache trop fort et on souffre". Là, je t'ai trouvé niaise. Un hurlement. Quand j'aime, je deviens un hurlement. Des cheveux perlés de vin tiéde et odorant, comme une odeur de sommeil, un chemisier déchiré. Lis, je prononce T-O-U-T. L'éclipse. Tout oublier. Tu dis "c'était vraiment bien", moi j'essai de ne pas le dire. Oublier ces 4 jours. Ne t'excuse pas, je connais ta colére même si je la déteste. J'essai de la controler, ta colére et moi, ta colére en moi. Quand j'étais plus jeune je voulais écraser les poissons qui passaient prêt de moi, dans l'eau, tu te souviens ? Papa déteste la femme qui passe à la radio, il éteint, je frappe au carreau. Alors mordre, les déchets marin, le sel qui coinçe. Des cuisses longues comme des désirs inavouables, on ne peut pas, intouchable, irrespirable. La chienne se jette sur moi, je suis une jeune mariée. Le vin me coule sur le menton, Marie je t'aime. Les coquillages suent. Méduse. Marie. Je ne voulais pas partir, tu le sais, mais ta mére attendait. Ta colére, tes pleurs ce matin là. Comme un corps qui apprend à nager. Il ne comprendrait pas, s'il me lisait, tu le sais, non ? Il comprendrait pas. " Oui, et alors ? ". Non, vraiment, il ne comprendrait pas. Oublier, c'est tout. Ca passera, tout passe. Nos corps et l'amour. Nous sommes un théâtre de Bastille. Un Paris sans Lac. Je suis désolé, parce qu'Arnaud m'a proposé de boire un verre avec lui. J'ai dis "J'ai envie de toi". Il est parti, jamais revenu, il ne veut plus prendre de verre avec moi. J'aurai pu être désolée, d'avoir de telles maniéres. Laine. Tenue élégante de fin de soirée. Dormir avec toi. ça passera. Sans importance. Je te dis " sans importance ", ne l'oublie pas. Et même. Vraiment, tout ira bien. Aime-moi s'il te plaît. Je déteste cette phrase, parce qu'elle lui ressemble. Aime-moi.
Tu m'as dis qu'on serait bien ensemble, toutes les deux, à la maison. Que tu me rejoindrais, à la mer, au Nord, parce que tu ne veux pas rester avec les Grands-parents et leurs habitudes de petites morts. Tu viendrais, là, me rejoindre, dans cet appartement, trop petit, trop calme, où je me cogne la tête en dansant. Et on évitera, d'accord ? On évitera, les questions. Et l'amour, tout ça. On évitera d'arracher les yeux. Parce que ça parlera, de tristesse, de rage et d'amour. L'essentiel, c'est ta peau, dans tout les endroits du monde. Ici. Aussi. Je descend à la cave et je vais chercher un trésor. C'est parce que je connais trop les mots. J'aurai du ne pas sourire, quand il a dit "je pars à 4 heures du matin". Je n'aurai pas du m'arrêter Garde D'Annecy. Et c'est vraiment magnifique, d'aimer comme j'aime, disait Romain. J'aurai pu ne pas. Et surtout ne pas commencer à écrire, peut-être alors qu'aujourd'hui je viverai comme hier, sans lui.
Je t'aime.
C.
[ celle dont je parle, Marie ]
Je répond, ici :
Petite pisseuse, R m'appelle petite pisseuse. J'aime bien. ça me va bien. Aïmalun lui dit Orchidée. Orchidée c'est une fleur, un peu blanche, alors là ça me va moins bien. C'est trop facile, trop pur, ça n'a pas de bosses, pas de creux. Alors que petite pisseuse, ça pique, ça mouille, ça donne la nausée, ça avale. Petite pisseuse oui, Orchidée peut-être plus tard, c'est juste parce qu'il trouve que j'ai un joli visage, fin et rond.
Matt : Merci.
Annaëlle : Ecris-moi.
K : Je trouve ça bête, et inutile. Mais flatteur. Seulement, les compliments, me nourisse, puis me rende affamée, de vérité. La flatterie, comme du vide.
L'inconnu de le gare : Moi. Je me demande qui tu es. Mais si tu me lis, c'est déja que je suis fichu.
Nounourz : Si déja l'on me critique, c'est qu'alors j'existe. Quelqu'un a dit " tu fais de petite phrases, c'est trop facile, on dirait le journal d'une adolescente ". Je ne veux pas. Réfléchir. Ecouter oui. Essayer non. C'est comme ça. On prend, on lit, ou bien on annule. Tout. C'est un fossé. En ce qui concerne les autres blogs, je ne les lis pas, j'ai quelques préférés, mais trés peu. Sinon oui, j'ai écris d'autres choses que le blog, heureusement, je ne fais pas que ça. J'en suis à mon quatriéme manuscrit, et le dernier porte ses fruits. C'est toujours ça de pris. Par contre, je réctifie : je ne le connais pas. Mais je ne suis pas à comparer, avec d'autres "blogeurs", aussi bon soient-ils, peu importe. Je déteste les comparaisons.
Romain : En ce qui concerne Nina Bouraoui, je ne pense pas qu'il faille obligatoirement la lire, pour me comprendre, ce serait prétentieux de dire ça. Nina fait parti de mon univers. Mais je suis en pente libre.
S m'appelle, ça me fait du bien. Je me dis enfin. Enfin ça me fait du bien. Enfin un rire que je comprend ici, enfin un rire qui entre dans la bouche comme un revolver glaçé. Enfin, à force de passer mes journées à lire Testyd, Angot, Cusset, Castillon, ou Durin-Valois, à force de lire des petites écrivaines de 20 ans blasées, ou des vieux monsieurs dégueulasse, je ne savais plus reconnaître le rire qui glaçe les amidales de S. Le fou rire épatant de fraîcheur qui vous donne envie de vous mettre nue, au balcon, en passant les jambes de l'autres côté de la rembarde, en criant que vous allez sauter.Sauter. Sauter, si quelqu'un n'approche pas, ne vient pas vous chercher. Alors votre mére vous prend le bras "mais enfin, tu es folle". Et vous éclatez de rire comme on rate son propre corps.
Aime-moi.Dis moi que tu m'aimes. Crie-le. Allez. Crie-le. Je t'aime. Encore. Plus fort. Il faut que ça vienne de la gorge. Comme quand tu craches. Crie-le. Les gens ne savent pas crier. Trop restreint, trop étroit. Crie-moi que tu m'aimes. Il faut que se soit la guerre, les armes, l'odeur du sang, les corps. Tout ça. Allez, crie-le. Je t'aime. Hurle-le. Allez. Il faut que ça impressionne. Allez, allez. Crie-le. Crie. Allez. Il faut que ça te fasse mal, que ça te déchire là, dans la poitrine. Allez. Crie. Hurle moi que tu m'aimes. Allez. Mon dieu, Allez. Crie, mais Crie. Crie. Je t'aime. Crie. Avant que tout cela ne meurt, avant que cette journée ne créve, et que tu m'oublies.
C.
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