Dimanche 19 juin 2005
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Cher Journal,
Julie m'a dit "ton esprit exite".Et l'abscence total de mon corps dans cette phrase me terrorise.J'ai rencontré Julie un samedi aprés-midi, à la gare Lille-Flandre.Elle est étrange.Vôutée.Visage malsain.Elle sent le bûtane.Elle tourne toujours le dos.Aux autres corps.Aux façades.Aux rues.Elle tourne le dos aux excés.Aux creux.Aux sexes qui s'écrasent.Sa gorge est un trajet.Un circuit intime.Chaque dent est une fléche.Elle pourrait nous mener vers.Ou vers.C'est un chantier de chaire tiéde.Des auréoles d'ongle dans les cheveux.Que vienne donc la nature cailleuse, tenter une esquisse de cette créature ! Le charme d'une pucelle au décoletté plastique.La mort n'existe pas.Le rythme lent de l'eau minérale qui ruisselle dans son bassin.Un sanctuaire de pétales de lotus coinçés dans son entre-jambe.Quand je l'ai vu, je me suis écartée.Comme l'on s'écarte de la beauté grasse des peintures huileuses et débordante de parfums.Julie est seule.Toujours seule.Elle s'isole pour mieux rire, sans qu'on ne la dérange.Elle tire son corps de pirate abandonné dans les moindres recoins de ses murs.Elle gesticule.Elle gesticule.Elle gesticule.Elle tente d'entendre le claquement de son hilarité profonde contre les parois de sa prison intérieure.Qu'elle s'aperçoive enfin que le bruit de son corps ne se mélange pas avec les sons de sa vie.Et qu'alors, un miroir se fâne, entre les deux yeux de Julie, qu'elle y aperçoive l'oeil de son ombre, l'ombre de son corps.Et qu'elle vive ainsi, persuadée de n'avoir qu'un oeil.Julie traversait le hall de gare, comme un corps échoué sur les rives de coton mouillé, sur les plages de sa solitude."Ton esprit exite".
J'aperçois ma mére en dehors de notre vie.J'aperçois ma mére auprés des inconnus.Ses maniéres, ses sourires, ses gestes chaud et incertain.Ma mére est une femme dans le corps d'une chute accidentée.
Quand le soleil me frôle.Ma peau sent le laboratoire de survie, les masques à oxygéne, l'aluminium du ciel.Ma peau se transforme.Crémeuse.Je dégouline en elle.
Dryade m'a demandé : D'où te vient l'inspiration ?
Ca vient des roulements du vent.J'ai appris à écouter.
Je crois que je le dois à mon pére.J'ai appris à polir les angles, arrondir les formes.
Ca vient du miroir, de l'étranger.Des corps charnues.De la poussiére des chemisiers.
Ca vient des chevaux fous et de la vitesse de l'amour.
Ca vient de Nina et de ma mére qui disait "tu as trop d'imagination".
Ca vient du renardeau écrasé, et du sel promis à la mer.
J'écris pour venir.Allez-retour dans les esprits.
Je suis vertical, central et je démarre de la Seine.
J'écris pour gôuter la grippe, la fiévre.
C'est un cyclone.
Je suis en perpétuel fuite, depuis 16 ans, je ne sais pas aprés quoi je cours.
Charlotte.

Par Delerive
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Vendredi 17 juin 2005
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Aragon avait dit "comme je ne sais pas parler, j'écris".Moi, j'ai rajouté "comme je sais écrire, je ne parle pas".
L'été est heureux, comme la vie heureuse de Nina.
Mes muscles se fondent.Mon corps se révulse.Mes mains fouinent, dans la terre, dans la peau, dans le sable mouillé, dans la gorge, dans le lait, dans la vie.Entre la vie.Ma voix biologique.Mon corps végétal.La nature protége.Cache sans se soucier.Je ne sais plus rien.Je peux tout savoir.Depuis que Margot est parti.Je respire à contre-sens.Ma poitrine est un danger.Trop neuve et trop fragile.Ma pâleur s'absente.Ma peau devient rousse.Sable roux.Je sens la forêt.Le soleil tourne autour de moi.Kidnapper.Kidnapper le moindre mouvement des astres.Pour l'incruster sur le corps.Je suis une empreinte.Une preuve.Mon corps est une preuve.Marie m'a dit qu'un groupe de fille parlait souvent de moi.Que l'une d'entre elle me lisait chaque jour ici, et qu'elle tournait la tête chaque fois qu'elle passait devant la maison.
Je suis hors-d'atteinte.
Incapturable.Silencieuse.Impénétrable.Fermée.Enigme.Chic et fraîche.Mes courbes sont négligée.Révélatrice précoce.Mains aveugles.J'ai le visage amoureux.Jeunesse d'un genre ancien.
Il n'y a pas longtemps, il y'avait "la marche des femmes" dans toutes les rues de Lille.Plus de 1000 corps de femmes qui se bousculent contre les lois des hommes, contre les volontés des hommes, contre la marche brusque des hommes.J'aurai voulu y être.Je peux passer inaperçu.Des délégations féministes venu de plus de 159 pays.Une vague de corps hurlant.Un océan.Toutes les femmes.Mammiféres élégant et propre.Une création.Nina aime les femmes, moi je les connais.J'apprend les hommes, doucement.Quand les femmes se soutiennent, elles sont plus forte que toutes les créatures céleste.

Je me souviens tout à coup de son corps blanc, de sa bouche de morte collante, et noyée.Odeurs d'eau de javel.Le corps de Valérie, de l'autre côté de la piscine, qui me regarde.Ses mouvements lent sous l'eau.Ses cils lourd et humide.Son nez de panthére.Ses jambes fines comme des queues de pie.Des cheveux qui ondulent comme des pétales de roses crevées.Les doigts pâle comme la pierre qui étouffe.Des pieds de désert contaminé qui gesticulent.L'air froid du dehors.Le chaud brûlant de l'eau.Le contraste avec la couleur de la peau, plus blanche que toutes les peaux gelées et insensible des morts.La peau de neige qui fond dans le bleu des marées.Des lévres bleu qui tremble.Valérie.Son odeur de viande.Sa langue de boeuf étranglée.Ses sourcils épais de miel.Son air stupide, comestible.Ce corps de Valérie, à l'autre bout de la piscine, son "Bonjour, tu veux faire un tour avec moi ? Je suis seule".Mon corps, ensuite, pour combler sa solitude.
J'ai accés aux plaisir simple.J'ai fini le manuscrit.Je me lave.Et j'efface quelques articles de ce blog.La pastille rigide entre les lévres.Je le reverrais peut-être, en aôut.Alors il faudra que je retienne.Tout.Je pourrais être en exil.
"Je travaille contre la sévérité du monde - on me voit sans m'envellopper".Nina.
Charlotte.
Par Delerive
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Samedi 11 juin 2005
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Samedi : Cher Journal, mon fleuve, mon rapace, ma Joconde.
C'est le bruit de la chaise en bois qui craque quand le corps de ma mére se retire.C'est peut-être ce bruit que je retiendrais des mes débuts d'été.Un temps qui ne passe pas vite.Un temps doux.Une odeur de pain.De pain pas encore tout à fait cuit.Et le rascisme des peaux.Les décolletés de tante B.Cette odeur qui émane de son torse faussement bronzé.La magie des corps.ce qui est faux.Superficiel.Auto-bronzant.Un décor, une chaleur innaccessible.Cette odeur de secret."Essai Valérie, tu verras, tu es bronzé en 5 minutes".C'est l'émerveillement de ma mére.Les compliments de mon pére.Le faux des filles.Le début d'été.Celui qui sonne comme un amphi-théâtre.Celui qui réveille les anonymes et la profondeur de la nuit.Les nuits d'été.Le bruit des corps qui se frôtent dans le jardin.Les corps d'adulte."Elle est mignonne Charlotte, qu'est ce qu'elle grandit".Les bras de mon frére, qui enlaçe, qui colle, qui regarde.Mon teint bronzé toute l'année."Tu as des origines ? Portoricaine ? Italienne ?".Ca annonce la vie simple.Faire pousser des fleurs dans ma chambre ensoleillé.Le début d'été."Tu n'as pas l'accent Espagnol pourtant Charlotte".Les nuits de pleine lune et celle que l'on invente avec Marie.Sa passion pour l'escalade, ma peur."Mais tu es gourde!".Mes jambes qui tremblent.Le folklore Brésilien.La plage d'Hardelot avec ses galets gris et sa mélancolie.Chercher un probléme parce que dans le bonheur simple, vous ne savez pas écrire.Chercher ce qui ne va pas.Ne pas répondre au téléphone, pour éviter Sylvie.Pour éviter son "tu viens aujourd'hui ?".Chercher.Grignoter ce qui pourrait vous embêter un peu.Vous tourmenter.Et puis sourire, parce que Papa revient.Et qu'il annonce "quelle belle journée aujourd'hui".
Je peux devenir, le désordre ordonné.
Lettre à mon Journal :
La liqueur d'outre mer te rend détestable mon Fleuve, mon Journal.
Approche, qu'il n'y est plus d'odeur de canne à sucre volante entre nous, approche donc, n'est pas peur.Dégouline.
La mer se creuse.Je vient du vent du Nord.
Et tout les corps qui m'ont aimé, l'ont senti, les gifler.
Les chats de gouttiére seront coinçés dans leur poil dans moins de 3 jours, tu n'as plus de crainte à avoir, jamais tu ne naîtras.
Et les lecteur ici sont innocent, je les invente.
Généralement, on dit que les gens ont peur de la mort.
Ta force est dans la nuit.Tu te tiens comme un désert.Approche donc mon fleuve.Rien n'est tout.Tout est rien.Souviens toi que Juliette t'a expliqué le gôut des arbres.Dans la famille on s'aime.Ton oreiller est tiéde.Ton gôut du voyage est assez classique.
Tu traverses les piéces où les gens vivent accroupis.Ne te préoccupes pas de leur mauvais gôut.
Je ma raconte à toi.
Mon elixir de Glaçon.Costume de mes 16 ans.Que ton prénom sache briser les vertébres des robes, les écrivains ne m'ont jamais impressioné.
Approche et dégouline.
"Mon fleuve", c'est peut-être donc comme ça que j'aurai du t'appeller avant que tu ne m'aimes.
Charlotte.
15h00 : Dans ces endroits, ces rues, ces magasins, je m'égare et je délire.La veangance d'un soleil trop fort.Je croise une salope.Je la suis.Elle me regarde, me sourit "Je m'appelle Jeanne".Elle pourrait devenir Jeanne en forêt.Jeanne dans mon coeur.Jeanne entre les corps.Jeanne entre les reims de Victor.Jeanne qui chatouille.Jeanne qui parfume.Jeanne a la bouche hurlante.Jeanne immortelle.Jeanne figée dans mon écriture.Un visage terne dans mes mots.Qui vous regarde.Qui grimaçe et se moque de vous :"Je m'appelle Jeanne".Jeanne qui sue ces mots.Jeanne qui gémit dans ses lettres.Regardez-là, Jeanne qui caresse vos sous-entendus.Jeanne qui égorge les chats.Qui promet des lettres.De longues lettres parfumées.Jeanne.Fantôme.Ecrire.Sa beauté.Sa vie, sa pauvre vie."Je m'appelle Jeanne".Jeanne pourrait être mon héroïne.S'approprier son prénom.Peindre son visage.Je pourrais prendre tout les corps, dans la boucle de mes mots.Jeanne qui vous regarde.Qui danse entre les lignes.Jeanne qui tombe.Jeanne q'uil ne faut pas aider à se relever.Laisser durer, sa chute, pour écrire.Encore.Jeanne au sommeil lourd.Jeanne a trois yeux.Jeanne."Je m'appelle Jeanne et je t'enmerde".Des guêpes.Des forêts.Jeanne qui joue à travers mes mots.J'ai toujours eu besoin d'un corps féminin pour écrire."Je m'appelle Jeanne, je t'enmerde et tu ne connais rien de moi".Rue du vautour, dans le vieux Lille, les salopes sur le trottoir sont belle, et elles pourraient devenir mes héroïnes.
12h30 : Tombe la branche.Le jardin vole.Papa a dit "un jour la fatigue me tuera".Mes 16 ans me donne un air malicieux.Les corps entourent.Mes mots, mes moments, mes amours.Lui dire que oui.Avouer que non.
Je flâne.
Colérique.
Boulimique.
Satirique.
Bordélique.
Lunatique.
Magnifique.
Tragique.
Je flâne.
Mon corps pourrait devenir des tonnes d'autres corps.
Je peux appartenir au monde et m'en défair.
Je peux courrir ou bien tuer.
J'aime et je pourrais partager.
La peau fine.Les courbes pleines.Chaque jour pour me remplir.Mon corps est introuvable.Ma bouche impalpable.
En pure perte.
Charlotte.
Par Delerive
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