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Samedi 19 novembre 2005 6 19 /11 /Nov /2005 12:38

Ici, les femmes n'ont pas de sexe. Une peau neuve et épaisse recouvre leurs entre-jambe comme deux ponts reliés par un arc-en-ciel de chaire grasse. Une peau de petite fille silencieuse comme le naufrage. Des petites filles lourdes de silence comme le bruit d'une bille qui tombe sous l'armoire. Une colére anodine. Ici les femmes n'ont pas de sexe et se frappent avec les dents. Des dents molles comme du réglisse en sang. Les descriptions ne leur suffisent plus. Leurs chignons propre n'ont plus de fin. Ils dansent dans leur bas du dos en caressant leur fesses comme des fontaines. Se roulent autour de leurs oreilles comme des frontières. Recouvre leurs yeux de timidité blessée. Comme des filets jetés au hasard sur leur hanches océaniques. Leurs hanches de paille séche. Comme la méche est à l'allumette. Des hommes se baladent les narguant avec leurs langues en feu. Mais rien ne s'allume. Rien ne prend. Les femmes sont hors d'atteinte. Les femmes sont captives. Elles attendent dans un silence de dernière bataille. Dans l'ombre comme des chiennes bleu prise dans un piége. Leurs seins s'affaissent comme des boutons de fleurs usés. Elles ont la gueule qui sentent la terre. Et leurs chignons parfois tournent et voltigent comme des queues de hyènes heureuses et excitées. Elles ont les lèvres si fragile qu'un coup de dent les effondre comme de la farine. Elles ne glissent pas sur le carrelage froid de la peau des hommes. Elles ont les ongles trop court pour arracher. Elles battent la mesure futile, avec leurs talons en cristal sur un coeur qui gonfle de désir.

Et toi, amoureuse sans lendemain. Que je délaisse dans des draps à l'odeur de mots en relief, un matin. Toi, amante sans visage, que je délaisse dans cette chambre froide avenue des Incompatibles. Toi, à qui il me reste un peu de cheveux sous les ongles. Toi, amante retenu par des fils de purée d'ongles. Toi, que je caresse avant de frapper, dans le fond d'un lit sans lumières. Toi, que je n'ose pas approcher parce que tu as le silence de ces petites filles. Ces silences qui a toute vitesse suent dans la nuit. Toi, qui a mes yeux dans la bouche. Le bruit de la mâche amoureuse. Le bruit de ton palais qui presse mes pupilles pour en retenir le jus. Toi qui éclabousse mon visage douloureux. Toi qui partage l'incompréhensible avec ta bouche qui enroule la mienne. Toi, qui a sursauté quand j'ai claqué la porte comme on referme le sexe. Tu as le cou rival. Et j'ai pendu notre aventure. Comme une ombre qui s'envole. J'ai laissé les matins. Je laisserai les matins. Tout les matins. Au creux ta chute.

Les matins silencieux comme ces petites filles, qui lisent avenue des Inconnues prosternés. Chambre 23, couloir rouge.

Tes bretelles de soutien-gorge jouent aux funambules sur tes épaules. J'imagine que tout est minuscule. Les fenêtres ouvertes. La table de chevet. Le lit. Les miettes. Je suis le silence intimidant. Celui qu'on déteste et qu'on redemande.

Je te laisserai faire. Minuscule. Ton corps sur le mien. Les draps deviennent une ombre qui suent nos cadavres. Tu es le fond de l'air qui fouette le silence. Tu es le fond de l'air qui dépose la poudre d'or sur les morts. J'ai une petite fille qui gît sur ma poitrine comme une pierre tombale. Toi, ton geste qui fait fuir les chats halétants et fatigués. Toi, l'amante glaçée qui se givre dans le ventre. J'ai des poches sous les yeux. Tu es la fatigue. Tu es la lutte. J'ai un duvet de poudre glaçée sur les cuisses. Tu as éternué ta violence. Je te laisserai faire. Je suis l'observation anodine. Le manque qui déstabilise. Je me met dans ta peau. En silence. Avec violence. Effaçée. Je ne suis pas concernée par moi-même.  Je te décrirais. En silence. Le silence de l'éclat. Que nous attendions.

J'ai la langue d'hiver.

Je veux la marque de tes genoux sur mes lèvres. Je veux voir gonfler ma langue sous les coups. Je veux que tes épaules cognent sur ma poitrine alcoolisée. Je veux te voir te baisser pour ramasser mon corps en miettes. Une femme se voile les yeux avec des mains trouées. Je veux sentir tes doigts nerveux tirer sur mes racines. Les rues s'encombrent des corps brut qui tombent les uns sur les autres. Et des passantes à la robe légére marche au dessus des cadavres, en tressant leurs cheveux à l'odeur de peaux brûlées. Je veux sentir ta langue se débattre sous mes molets. Une cloche gigantesque se souléve du ciel. Je veux te sentir suer de l'or fin dans ma bouche. Je suis l'écartée. Tout en moi s'écarte. Tout en moi secoue. Je suis le corps du silence. Je veux l'empreinte de ton auréole humide sur mon nez. Je fouine dans les coins, à la recherche de l'odeur des pierres tombales. Je suis collée contre mes jambes pendant qu'une femme monte sur mon dos pour planter le drapeau des capitales salies. Je suis un mâle mi-clos en déplacement. Et mon mouvement est féminin. Je frotte mes gençives contre tes dents et j'enfonçe mes doigts dans une ampoule. Je suis le corps qui cherche les lumières. Je suis mon anonyme. Une silhouette mordue jusqu'au sang par mon ombre. Je disséque mon visage. Avale mon menton. Je manque de moi. Je suis belle. Je voudrais tes mains qui prennent mon cou et le gorge de sauce timide. Des cadavres glissent sur la neige. Je suis ce que je veux de moi. Je suis des yeux, ma colére asexuée en brandissant les poings vers le ciel pour crever les abscés des bouches masculines. Je veux ta bouche qui dérape sur le goudron quand je te frôle. Je veux des bouches dans mon corps. Pinçées. Des bouches qui s'essouflent dans mes yeux. Des bouches aux vitrines. Des bouces dans l'assiette. Des bouches qui dansent sur des rasoirs. Je suis ma prisionnére.

[ Je dépose mon foie sur l'oreiller. Une femme écarte mes côtes. Une mer me noie. Je n'ai pas la folie. J'ai son idée. Je dessine l'empreinte de mes doigts sur les murs. Et des milliers de langues léchent le papier peint veillis. ]

L'entre-ouverture est acide. Sous mes doigts, les corps se décomposent. Dans les rues, on annonce que j'ai perdu ma virginité. Un train s'élançe vers le ciel. Une pluie d'étoiles me tombent dessus. Je léve les bras pour protéger mon visage. Le poussière vole autour de moi. Je me débat et le sang couleur d'argent se méle aux miettes d'astres. Mon cou se fend. Les étoiles sont des pierres. Les hurlements de la rue deviennent des chants de guerre. J'aimerai ne jamais revenir.

Je pense parfois à une mére qui brûlerait les chevex de son mari en pleine nuit, et irait les mélanger au lait dans la tasse des enfants au petit matin du désir masochiste.

Mes dents tombent en jus dans ta bouche. Je ris. Je ris. Je ris. J'attrape une crampe aux amydales. Ta langue est tombée dans ma main. Je ris. Tout ça est si banal.

[ Les mots se déhanchent sur mes cuisses. Ils n'atteignent jamais le sommet. L'arbre sans tronc dépose ses baranches baignées de solitude dans ma gorge. Je dois supporter. La cadance est érotique. Mais le fond ressemble au début. A la première lettre. A la première feuille. J'ai en moi tout le talent du monde. Mais mes doigts n'écrivent pas assez vite. Le chef-d'oeuvre m'échappe. ]

J'ai l'haleine nue des milliers de fleurs malade. J'ai le cancer des images. Je suis bourrée de mots à quattre pattes. L'imagination sucrée de perles de virginité. Le vice des femmes contre celui des hommes. Parce que tous se ressemble. Tous ici rêvent de là bas . Là bas où je suis déja. Et quand je tend les lèvres, une insomnie vient me frapper par derriére, me rappellant à l'ordre.

Je suis au théâtre et c'est mon propre personnage qu'on joue. C'est une scène comique.

 

 

 

 

C.

 

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Par Delerive - Publié dans : kriziaii
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